A poil, Nessus !

21 mars 2017

Un vol en avion de chasse

Je me chamaille souvent avec mes collègues. Parce qu'ils ne comprennent pas ma façon de vivre. Ils ne comprennent absolument pas mon besoin de pratiquer à intervalles réguliers des activités riches en adrénaline. Je comprends leur point de vue, cela dit, mais je n'y peux rien : je suis incapable de résister à l'appel de l'aventure. Il est vrai que cette passion a un coût. Il y a peu, par exemple, j'ai réalisé un vol en avion de chasse à Pontoise : une expérience inoubliable mais qui, niveau budget, n'était pas donnée. Mais vous savez quoi ? Je ne regrette rien ; les sensations que j'ai ressenties là-haut valaient à mon sens chaque centime déboursé. En fait, il s'agit d'un simple choix de vie, et mes collègues et moi ne sommes pas faits pour nous comprendre là-dessus : la distance qui nous sépare est tout simplement trop grande. Mes collègues préfèrent en effet investir dans le dernier écran HD 4K ; moi, c'est quelque chose de moins tangible que je recherche : des sensations nouvelles. Dans un monde aussi matérialiste que le nôtre, cette quête peut a priori sembler vaine, voire ridicule. Mais si l'on prend la peine d'y réfléchir deux minutes, on se rend compte qu'il n'y a rien de plus essentiel, dans le fond. Quelle valeur ont les objets qui vous entourent ? Notre smartphone, notre télé ? Est-ce cela qui définit la qualité d'une vie ? Ce ne sont que ça, après tout : des objets. Ce qui compte le plus, c'est tout de même ce que l'on a en soi : il est plus important d'être que d'avoir.  Alors oui, je préfère investir dans une activité ridiculement courte mais intense à vivre, plutôt que dans un objet certes utile, mais qui ne m'apporte aucun souvenir. Comme je le disais : c'est un choix de vie. Tout simplement. En tout cas, si vous aimez comme moi les sensations fortes, je vous invite à tester le vol en avion de chasse : on en ressort avec des étoiles plein les yeux ! Je vous mets en lien le site par lequel je suis passé, si vous habitez à Pontoise.

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20 mars 2017

Vous ne vous sentez plus chez vous en France ?

Il parait qu'il fait bon sur les rives du beau Danube bleu. Si vous en avez assez de la Seine (Saint-Denis) le premier Ministre hongrois vous attend les bras ouverts. Viktor Orban, préside aux destinées de la Hongrie depuis 2010. Il est nationaliste. Passe pour senophobe. Ne veut pas de migrants. N'a aucun penchant pour les mosquées. N'est pas très bien veillant avec les Roms. Et Il lui reste quelques efforts à faire s'il veut montrer qu'il est philosémite… Pendant longtemps, Viktor Orban a été seul. La bête noire de l'Europe… La commission de Bruxelles et le Parlement Européen le rappelaient régulièrement à l'ordre pour les discriminations anti Roms courantes en Hongrie. Orban répondait par un rapide bras d'honneur. En effet, l'Union Européenne, de plus en plus inconsistante, ne s'aventurait pas à lui imposer des sanctions de crainte qu'il ne plie bagages. Ces derniers temps, assuré d'une totale impunité, il a construit à la frontière avec la Bulgarie un mur infranchissable pour les migrants. L'Union Européenne lui a fait savoir que ce n'était pas bien. Ça s'est arrêté là. Sûr de lui-même et dominateur, le numéro un hongrois est de moins en moins seul. Poutine pense comme lui, dit-il, il n'a pas tort. La victoire de Trump lui a donné des ailes. Le portrait qu'il dresse du président américain frise l'exaltation. Il trouve merveilleuse sa phrase : "Chaque nation a le droit de placer ses intérêts en premier". Il ajoute fièrement : "c'est nous, les Hongrois, qui en premier, avons ouvert la voie". Viktor Orban n'a manifestement que peu de considération pour la vieille Europe. Il est l'image caricaturale (car le premier Ministre hongrois est un démagogue qui se respecte) de la jeune Europe. L'Europe qui fut communiste. L'Europe qui vécut entouré d'un mur : le Rideau de Fer. C'était pour empêcher les gens d'en sortir, les garder en quelque sorte en prison. Pas étonnant que cette Europe-là ne trouve pas spécialement scandaleux de construire des murs pour empêcher des gens non désirés de rentrer chez elle. D'être adossé à Poutine et a Trump, d'être boosté pat le Brexit rend Viktor Orban un peut arrogant et méprisant. L'Allemagne pff… La France pff… L'Italie pff… Lui ne joue plus dans la cour des petits. Sa dernière et orgueilleuse tirade en témoigne. "Nous acceptons les vrais réfugiés : Allemands, Néerlandais, Français, Italiens, responsables politiques ou journalistiques effrayés, chrétiens contraint de quitter leur patrie, qui veulent retrouver chez nous leur Europe qu'ils ont perdu chez eux". Plus condescendant que ça… Pour information, "bienvenue" se dit en hongrois "üdvözlet". Pour information encore les hongroises sont réputées très belles. Pour information toujours, Budapest sacrifie à tous les clichés : danses hongroises, des violons tsiganes, goulasch. Pour information, il y a des vols low-cost pout Budapest. Enfin, vous vous souvenez de Soumission de Houellebecq… La seule chanceuse dans l'Histoire, c'était la Juive qui avait une terre de refuge : Israël. Nous maintenant, nous avons la Hongrie. Et là-bas il n'y a pas de Palestiniens…

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09 février 2017

Mon préciiieux, ma fragrance

Dans la famille « Première fois », je demande : la création de parfum ! La semaine dernière, j'ai effectivement réalisé une expérience inédite : j'ai conçu mon propre parfum au cours d'un atelier de parfum à Paris. Cette activité sensationnelle (au propre comme au figuré) m'avait été offerte à l'origine par un couple d'amis. J'ai remercié poliment... puis ai totalement oublié. Heureusement que mon agenda vivant (ma femme) m'en a rappelé l'existence : j'ai ainsi pu my rendre juste avant la date limite de validité du bon ! Et au final, je suis plutôt content de l'avoir fait. Car une fois lancé, on s'amuse comme un gosse ! On ne voit pas du tout le temps défiler ! L'atelier ne ressemble pas vraiment à ce qu'on pourrait imaginer de prime abord : on a plutôt le sentiment qu'il s'agit d'un petit labo scientifique, en légèrement plus raffiné. Chaque apprenti-parfumeur est placé devant un orgue à 3 niveaux où trônent plus de 120 flacons d'essences de toute sorte. A cela s'ajoutent deux verres gradués, des languettes, des seringues et du papier afin de rédiger la formule. On ne mélange pas les essences à l'aveugle. On construit le parfum en se basant sur la pyramide olfactive. En premier lieu, la note de fond, la plus puissante, et qui est à la base du parfum : elle est élaborée avec des essences tenaces et elle peut rester plusieurs jours. Ensuite la note de cœur, qui définit l'identité du parfum : elle dure entre 2 et 10 heures. Et pour finir la note de tête, celle que l’on sent en premier dans le parfum, mais qui est éphémère, puisqu'elle disparaît à peine 2 heures après vaporisation. Si on est libre de choisir la direction qu'on souhaite donner à sa réalisation, on est accompagné tout du long par un professionnel, qui nous précise les mariages réussis ou rebutants entre certaines fragrances. Heureusement qu'il est là, car certains mélanges virent rapidement au patchouli, voire au désodorisant pour toilettes ! Mais le plus difficile, c'est tout de même de ne pas trop réfléchir. C'est un art loin d'être évident, pour un cérébral tel que moi. Il faut se laisser porter par son instinct, par son nez. Mais le jeu en vaut à la chandelle : à la fin de cet atelier de parfum à Paris, on a son parfum rien qu'à soi, une création unique qui ne ressemble qu'à soi !

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01 février 2017

clandestin au Royaume-Uni

Vraiment, le gouvernement britannique a fait un cadeau de Noël un peu anticipé aux migrants illégaux, aux dépens de ses contribuables, bien évidemment. Alors, les chaleureux hôtes sans papiers se battent pour conserver leur place dans une queue record. Theresa May semble avoir trouvé une solution géniale pour faire décroître le plus important flux migratoire dans son pays depuis 12 ans, accordant 2 000 livres sterling (2 350 euros) à chaque clandestin pour qu'il puisse réaliser son rêve de quitter le Royaume-Uni, selon les médias britanniques. Pour l'instant, 529 personnes ont profité de ce généreux geste de Londres dans le cadre du programme lancé début 2016. Ainsi, les autorités britanniques pensent-elles que ce don en espèce permettra aux migrants de lancer leur propre affaire voire de trouver un emploi dans leur pays d'origine tout en s'épanouissant. En outre, plusieurs vols gratuits depuis des aéroports britanniques ont été affectés à ce programme.  Ces dernières années, le flux migratoire vers la Grande-Bretagne depuis l'Iran, l'Irak, la Syrie, l'Afghanistan, l'Erythrée et le Pakistan a connu une hausse de 41 %, ayant atteint son maximum depuis 2004 en 2016. Le taux d'expulsions, lui, a baissé de 9 %. De plus, 90 % des demandes d'asile ont été reçues bien après l'arrivée des migrants dans le pays. Selon le Bureau de la Statistique nationale (ONS) du Royaume-Uni, 71 000 demandes de permis de travail de long terme hors UE ont été déposées en 2015, soit 6 000 plus qu'en 2014. Cependant, la grogne monte déjà dans les milieux politiques contre ces mesures apparemment peu efficaces. Cela représente « un coup de pied dans les dents pour toutes les familles qui travaillent dur dans ce pays et qui ont du mal à joindre les deux bouts », estime le député britannique au Parlement européen Mike Hookem. Toutes les passions autour des « cadeaux en cash » pour les migrants se déchaînent sur fond de manque sérieux de fonds dans le Système de santé publique (NHS), notamment pour assurer le traitement des malades atteints du cancer. Ensuite, même le Bureau de l'Intérieur du Royaume-Uni (Home Office) a invité les migrants illégaux à quitter le pays dans les plus brefs délais.

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Toujours Zen

zen

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21 novembre 2016

Créer des emplois

Près d’une décennie après le début de la crise économique de 2007, la création d’emplois demeure au centre des priorités politiques de l’Union européenne. Face aux quelque 23 millions de chômeurs enregistrés au deuxième trimestre de 2015 et aux 91 millions de personnes inactives sur le marché du travail, tout le monde se pose la question suivante: «Comment créer des emplois?» Il n’existe pas de solution miracle pour répondre à ce défi de l’emploi. Une approche diversifiée, associant des mesures visant à renforcer l’environnement macroéconomique et des initiatives politiques permettant de répondre spécifiquement aux enjeux du marché du travail, sera nécessaire. Les politiques en faveur de l’entrepreneuriat inclusif peuvent faire partie de cet ensemble de mesures. Ces politiques ont pour objectif de garantir que toutes les catégories de citoyens, quelles que soient leurs expériences ou caractéristiques personnelles, ont la possibilité de créer leur propre entreprise et de travailler comme indépendants. Elles visent en particulier à soutenir les entrepreneurs appartenant à des groupes sociaux sous-représentés dans le monde de l’entreprise ou défavorisés sur le marché du travail: les jeunes, les seniors, les femmes, les minorités ethniques et les immigrés, ainsi que les personnes handicapées et les chômeurs. Il est évident que les personnes issues d’une grande partie de ces groupes sociaux sont moins susceptibles de devenir propriétaires d’une nouvelle entreprise que les hommes d’âge moyen. Ainsi, malgré des niveaux de capital humain similaires, les femmes ont eu moins tendance que les hommes à posséder une nouvelle entreprise dans les pays de l’Union européenne entre 2009 et 2013 (1,8 % contre 3,5 %). Les seniors (50-64 ans) ont également été moins enclins à détenir une nouvelle entreprise au cours de cette période (1,6 % pour les seniors et 2,6 % pour les adultes). En revanche, les taux de détention d’une entreprise par les jeunes (15-30 ans) et les adultes sont équivalents (respectivement 2,9 % et 2,6 %), mais leurs entreprises présentent un taux de survie faible. Parmi les principales entraves à la création d’entreprise pour ces groupes de population figurent l’accès aux financements et le manque de compétences en matière d’entrepreneuriat. Ce sont surtout les jeunes qui mentionnent ces obstacles. Tant les femmes que les hommes évoquent ces entraves, mais une disparité entre les sexes apparaît quant à la difficulté de concilier travail indépendant et responsabilités familiales et au manque d’un projet d’entreprise. Les seniors font bien moins souvent état d’obstacles au travail indépendant que les jeunes et les adultes d’âge moyen, mais ils présentent des taux relativement faibles de participation au marché du travail. A lire sur Séminaire Entreprise.

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27 octobre 2016

Finance: la fin du blabla

La dégringolade boursière de la Deutsche Bank au cours des dernières semaines?: la faute au bail-in (cette mise à contribution des créanciers prévue dans le cadre des mécanismes de résolution). L’atonie du crédit?: la faute à Bâle III. Le shadow banking, la faute à toutes ces nouvelles réglementations bancaires qui obligent les banques à prendre moins de risques. Voilà pourquoi les marchés financiers ont été si turbulents les semaines passées, c’est parce que les nouvelles réglementations les affolent. À trop vouloir la stabilité financière, nos régulateurs déstabiliseraient le système financier. Il fonctionnerait tellement mieux sans eux?! “À trop vouloir la stabilité financière, nos régulateurs déstabiliseraient le système financier. Il fonctionnerait tellement mieux sans eux?!” Halte au blabla, très chers banquiers, la régulation bancaire n’est pas la source de tous vos maux. À la freiner sans cesse, c’est une reprise saine que vous empêchez, c’est votre intérêt particulier que vous mettez en travers de l’intérêt général. Vous regrettez ce temps où les pouvoirs publics vous assuraient de leur complet soutien quoi qu’il arrive, sans rien exiger en retour. Ce temps où votre rente s’accumulait. Et vous craignez que les temps changent, alors vous vous activez pour en ralentir le cours et conserver le statu quo?: c’est uniquement cela qui vous amène à dire par exemple de la réforme structurelle des banques en Europe qu’elle est “irresponsable”, “scandaleuse” ou “inutile”, de la taxation européenne des transactions financières, qu’elle est une “imbécillité” ou la mise en péril des places boursières européennes, etc. Blablabla… Revenons à des considérations plus sérieuses. Les turbulences qui ont secoué les valeurs bancaires ces dernières semaines signaient peut-être le réveil des marchés?: la sensibilité des investisseurs aux risques bancaires a longtemps été anesthésiée par le sauvetage systématique des banques “trop grosses pour tomber”. Repousser la perspective du bail-out en responsabilisant les créanciers grâce au bail-in a alerté les investisseurs face aux risques bancaires. C’est ainsi que ?la Deutsche Bank a vu s’effondrer la valeur de ses CoCos (Contingent Convertible Bonds). Ces dettes convertibles en actions constituent en effet les premiers instruments du “bail-in”?: en cas de difficultés, les détenteurs de CoCos verront leur créance transformée en action, c’est-à-dire en dette non remboursable. “Les turbulences qui ont secoué les valeurs bancaires ces dernières semaines signaient peut-être le réveil des marchés” Forcément, ça oblige à suivre d’un peu plus près la gestion de l’émetteur, en l’occurrence de la Deutsche Bank… Or la Deutsche Bank, tout comme les 13 autres groupes bancaires européens figurant parmi les 30 banques systémiques globales listées par le Financial Stability Board, est un “colosse aux pieds d’argile”. Lors de son exercice d’évaluation des bilans et de stress test, la BCE s’était peut-être montrée un peu trop confiante à leur sujet?: rappelons que la Deutsche Bank, qui affichait fièrement un ratio de fonds propres de base pondérés par les risques de 9?% (selon ses “modèles internes”), n’avait en fait que 2?% de fonds propres en pourcentage du total de ses actifs. En tout, 76 banques sur les 130 évaluées avaient moins de 5?% de fonds propres à leur bilan, dont 20 allemandes, 10 françaises, 10 espagnoles et 10 italiennes. Quant aux créances douteuses, celles dont on reparle actuellement à propos des banques italiennes, la BCE les avait ré-évaluées de près de 20?% (soit 136?milliards de créances douteuses en plus)?! Et pas seulement pour les banques italiennes. Les a-t-on épurées partout depuis?? L’édition 2016 du stress test préparé conjointement par la BCE et l’ABE – sur 51 banques seulement – nous en dira-t-elle plus?? Que le marché commence à s’en soucier au moins autant que le superviseur est une bonne chose. La régulation financière a autant besoin de règles prudentielles strictes (elles ne le sont pas encore assez) que d’une responsabilisation des acteurs. Elle n’avait ni l’un ni l’autre avant la crise, elle évolue vers un peu plus des deux, et c’est tant mieux même si ce n’est toujours pas assez?!

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Des bobos aux boubours

Vous vous êtes détestés en bobo que vous juriez ne pas être?? Vous allez vous haïr en boubour que vous êtes devenus à l’insu de votre plein gré. ‘Anthropologie du Boubour’, signé par le publicitaire Nicolas Chemla, éclaire un troupeau qui a quitté Woodstock pour Zemmour. Extrait. Qu’est qu’une tendance?? S’agit-il d’énoncer ce qui est in et out, de se poser en arbitre du bon goût?? Ou bien s’agit-il de constater que de plus en plus de gens font ou pensent de plus en plus telle ou telle chose?? S’agit-il d’identifier des phénomènes de société ou bien des signaux émergents, ou simplement de capter l’air du temps?? Et surtout?: l’énoncé de la tendance la fait-elle exister plus fortement, la rend-elle soudainement plus visible?? En 2002, j’ai participé, avec une équipe de “tendanceurs” du réseau de communication Havas, au “lancement” du métrosexuel, un terme qui a modifié en profondeur les représentations et les comportements du masculin au XXIe?siècle. À l’origine, il s’agissait pour Havas de convaincre ses clients et prospects de sa capacité à identifier le futur (le Graal pour toutes les agences de communication). Armés de quelques études en ligne, nous avions observé qu’un petit nombre d’hommes de nos échantillons adoptaient des comportements de soin de soi et de sa peau, d’attention à son apparence et semblaient redéfinir le masculin?: d’un seul coup, il devenait OK pour les hétéros de se mettre de la crème sur le visage. On ressortit alors un vieux terme de 1994, complètement tombé dans l’oubli, inventé par un auteur anglais et l’on présenta au monde le métrosexuel comme le “nouvel homme” Le succès dépassa toutes nos espérances?: non seulement le terme fut repris dans la presse du monde entier et entra vite dans le langage courant, mais surtout la réalité elle-même en fut modifiée?: les hommes, dans les faits, se mirent à acheter de plus en plus de produits de beauté. Au-delà de l’anecdote, ce qui me paraît important ici c’est qu’on retrouve là la fonction performative du discours, de tous les discours, les discours privés, intimes, amoureux, mais aussi les discours “dominants”, politiques et commerciaux?: le discours reflète autant qu’il structure la réalité. Il en est de même pour les tendances?: c’est une paire de lunettes qu’on vous offre, un terme que l’on invente pour recouvrir une réalité qui devient dès lors, et paradoxalement, visible sous vos yeux. J’aime faire le parallèle avec l’astrologie?: dans l’infini scintillement des étoiles dans le ciel, sans nombre et sans structure, on en relie quelques unes et on vous dit?: tiens, là, c’est le chariot de la Grande Ourse. Les étoiles sont bien là, mais rien d’autre ne les relie entre elles que cette nouvelle lecture qui en est faite, et il devient dès lors impossible de ne plus les regarder sous cet angle. C’est ce que j’essaie de faire ici?: identifier et relier entre eux des “signaux” culturels, des éléments de discours, des événements, et voir apparaître une forme de cohérence de l’ordre de l’évidence?; quelque chose se passe, quelque chose apparaît, qu’on ne peut plus ne plus voir, quand bien même cette chose n’a de réalité que l’histoire qui en est faite. Tout ça pour dire?: il n’y a rien de scientifique dans ma démarche. Bien que je sois diplômé d’un master d’anthropologie, cet essai n’a d’anthropologique que son titre – je trouvais amusant le décalage. Aucune rigueur scientifique, aucune étude approfondie, aucune méthodologie académique, rien d’autre qu’une intuition, documentée certes, mais juste une intuition, et l’envie de partager avec humour mon étonnement face à ce qui me paraît véritablement être un phénomène culturel et social remarquable – un vent persistant, d’abord faible puis grossissant, qui agite l’air du temps. De la même façon qu’il n’y avait rien de scientifique dans le livre qui a donné naissance aux bobos. Et pourtant?: ils n’étaient nulle part, et du jour au lendemain ils sont partout. Tout a commencé par une blague. Fin 2013, une amie, Stéphanie Huguenin, revenant d’un week-end bien arrosé avec des amis “complètement pas bobos”, sort la formule, brillante, spontanément?: “Ah non, eux, c’est plutôt des bourgeois bourrins?!” Ça sonne bien, ça roule sous la langue, c’est amusant, c’est un peu cynique mais pas méchant. Ça fait tout de suite tilt. Je lui demande l’autorisation d’en faire quelque chose. Elle me la donne. Je suis curieux de voir quel destin peut avoir une telle expression, qui semble à ce point capter quelque chose qui est là mais qu’on ne voit pas encore. Ce sera d’abord un billet de blog sur Mediapart, repris par Stratégies, puis par le magazine Elle. Puis cette année un article d’Yves Czerczuk dans la revue ‘Le Panorama des Idées’ de Jean-Marie Durand et Emmanuel Lemieux. La machine paraît lancée. Entre-temps, comme j’espère le démontrer ici, le phénomène semble avoir pris de l’ampleur, et la réalité avoir dépassé l’intuition?: dans le débat politique (de plus en plus rance), au cinéma, dans la mode, la musique, partout, de plus en plus, le boubour est là qui s’agite, attendant d’être baptisé. Je ne suis pas là pour juger. Je constate. Je dis juste?: tenez, voilà ce qui est en train de se passer. Il gare son Audi flambant neuve (“Tu vois, ça c’est de la bagnole, racée, sexy, animale”) sur une place réservée aux handicapés (“Tiens, tu vois, tu dis ‘handicapé’, pas ‘personne à mobilité réduite’ ”) sous les basses vrombissantes d’un morceau du rappeur Maître Gims, improbable bourrinnade electro-zouk auto-tunée. Rythmes grossiers, mélodie puérile, on croirait une comptine de Nono le petit robot du dessin animé Ulysse 31 chantée sur une bourrée bretonne. Il me répond “Rooo, ça va, on peut pas toujours écouter que du Bach…” Je ne vois pas trop le lien, mais bon. Je lui fais remarquer que le rappeur en question faisait partie du groupe Sexion d’Assaut, connu entre autres pour ses débordements homophobes et dont le nom rappelle sans équivoque les milices nazies des années 30 à un public de “quenelleurs”. Il me regarde l’air moqueur?: “Ah ouais, t’en lâches pas une toi?!” Bah non.

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22 février 2016

Le théâtre Ford

Il y a peu, j'ai fait un voyage de groupe à New York, au cours duquel j'ai pu voir certains des monuments les plus célèbres des Etats-Unis : la Statue de la Liberté, l'Empire State Building, j'en passe et des meilleures. Pourtant, c'est un bâtiment bien moins impressionnant qui m'a finalement le plus impressionné : le théâtre Ford, que j'ai découvert lors d'une escapade à Washington. Pour ceux qui n'en auraient jamais entendu parlé, le théâtre Ford, qui a été construit à l’emplacement d’une ancienne église baptiste, possède un terrible passé. Car c'est là que l'acteur John Wilkes Booth tua le président Lincoln d'une balle dans la tête. Et je peux vous dire qu'en le visitant, on ne peut s'empêcher d'avoir un frisson en voyant ce morceau d'Histoire d'aussi près. Le théâtre Ford a pourtant failli ne pas être le lieu d'un tel drame. Peu après son inauguration, il fut en effet détruit par un incendie en 1862. Mais il rouvrit ses portes un an plus tard, entièrement rénové, et bénéficia alors d’une fréquentation importante. À la même époque, John Wilkes Booth, un acteur couronné de succès mais en semi-retraite, se consacrait au soutien des troupes confédérées. Lui et ses complices eurent l’idée de kidnapper le président Lincoln pour l’échanger contre des prisonniers de guerre sudistes, mais leur complot fut déjoué. En 1865, les confédérés subirent deux défaites importantes. Furieux, Booth décida d’assassiner le président et plusieurs membres de son gouvernement. Le 14 avril 1865, il pénétra dans la loge de Lincoln au théâtre Ford et lui tira une balle dans la tête. En s'échappant, Booth se cassa la jambe mais parvint tout de même à enfourcher un cheval et à disparaître. Il fut capturé et tué par balle douze jours plus tard. On porta Lincoln jusqu'à la résidence Peterson, près du théâtre, mais il s’éteignit au matin suivant. Pour la petite histoire, le gouvernement fédéral racheta le théâtre pour 100 000 dollars afin qu’il ne puisse plus jamais être un lieu de divertissement. Le bâtiment occupa donc des fonctions administratives jusqu’en 1893, quand la moitié avant de l'édifice s’effondra, tuant 22 employés et en blessant de nombreux autres. Bien que réparé, il dépérit au fil des ans et ne fut entièrement rénové que dans les années 1960, lorsqu’il redevint un théâtre dont le sous-sol abrite aujourd’hui un musée dédié à Lincoln. Les épreuves du passé désormais surmontées, le majestueux bâtiment de brique demeure un monument à la mémoire d’un des grands présidents américains. Le théâtre était déjà impressionnant à voir, mais l'agence qui organisait ce voyage de groupe nous a en outre permis de le visiter dans des conditions de rêve. D'ailleurs, je vous mets le lien vers son site. Si vous souhaitez visiter les Etats-Unis dans le cadre d'un voyage de groupe à New York, je vous recommande de passer par eux. Suivez le lien pour leur contact.

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La liberté de certains

A y regarder de plus près, cette «liberté», dont l'Etat a gratifié certains hommes au bénéfice de la philosophie, n'est pas du tout une liberté, mais seulement un métier qui nourrit son homme. L'encouragement à la philosophie consiste donc simplement en ceci qu'il existe du moins un certain nombre d'hommes qui, par le moyen de l'Etat, sont mis en mesure de vivre de leur philosophie en faisant de celle-ci leur gagne-pain. Les sages anciens de la Grèce, par contre, n'étaient pas appointés par l'Etat. Tout au plus leur rendait-on parfois honneur, comme à Zénon, par l'attribution d'une couronne d'or et d'un tombeau en céramique. Je ne saurais dire, d'une façon générale, si l'on sert la vérité en montrant la route qu'il faut suivre pour vivre à ses dépens, car tout dépend de l'espèce et de la qualité de l'individu que l'on invite à s'engager sur cette route. Je pourrais parfaitement imaginer un degré de fierté et d'estime de soi qui pousserait un homme à dire à ses prochains: prenez soin de moi; pour ma part, j'ai mieux à faire, car j'ai à prendre soin de vous. Chez Platon et chez Schopenhauer une pareille générosité de sentiment et l'expression de cette générosité n'étonneraient pas, c'est pourquoi, eux, du moins, pourraient être philosophes d'Université, comme Platon fut à l'occasion philosophe de cour, sans pour cela abaisser la dignité de la philosophie. Mais Kant fut déjà, comme nous autres savants avons coutume d'être, plein d'égards et de soumission dans ses rapports avec l'Etat. La grandeur lui faisait défaut. A telle enseigne que si la philosophie d'Université était une fois attaquée, il ne saurait la justifier. S'il existait des natures qui, elles, soient capables de la justifier—des natures telles que Platon et Schopenhauer,—je craindrais pourtant une chose, c'est qu'elles n'en eussent jamais l'occasion, parce que jamais un Etat n'oserait favoriser de pareils hommes et les placer dans de telles situations. Pourquoi donc? Parce que tous les Etats les craignent et qu'ils ne favoriseront jamais que les philosophes dont ils n'ont pas besoin d'avoir peur. Car il arrive parfois que l'Etat ait peur des philosophes d'une façon générale et c'est précisément lorsqu'il en est ainsi qu'il cherche à attirer à lui d'autant plus de philosophes qui peuvent faire croire qu'il a la philosophie de son côté. Car alors il aura de son côté ces hommes qui portent le nom de la philosophie et qui pourtant n'inspirent nullement la peur.

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